Un Paris, au premier metro du premier jour

janvier 1, 2011 § Poster un commentaire

Il mange un sandwich jambon fromage mayo dans la rue, il est 7h. Il revient de loin et savoure son sandwich avec trop de mayonnaise, typique des boulangers algériens… toujours parfait pour une fin de nuit! Devant une vitrine immobilière, il rêve d’une nouvelle vie à Porte de la Chapelle à 270 000 euros.

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Il rentre dans la boulangerie, un indien, costard-cravatte attend son pain en chaussette et le salue d’une « bonne année », aussi courtoise et distante que française. Derrière lui une femme rentre. Sans âge (peut-être la 60aine), effacée, blême comme on en fait qu’ici, au teint et aux cheveux gris, habillée d’un vieux manteau des années 70s au jaune poussiéreux. Il lui souhaite une bonne année à laquelle elle répond par une grimace, montrant des dents couleur-manteau, tout en reculant instinctivement d’un bon pas… Il prend son sandwich et, en sortant, il souhaite « une heureuse année pleine de paix et de santé » à la boulangère et la femme derrière lui, dit presque pour elle: « et surtout la santé. »

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Barbès, il attend sur le quai le premier metro, il a faim… quelques jeunes à coté de lui. Sur l’autre quai, seul, un jeune algérien, la bonne vingtaine… style lascar. Affalé sur un siège, seul, une bouteille de coca à la main et une autre de champagne aux pieds… Il braille tout seul et ponctue son speech de crachats, de l’autre coté les regards le fuient.

-« Wesh moi je suis pas un adolescent! » avec l’accent blédard algérien mélangé à celui d’ici. « Moi je sais qui je suis wesh… Moi je poukave (balance) personne fils de pute! Wallah je suis quelqu’un moi! » toujours affalé, il écarte les bras, et avec la gestuelle d’une génération bercée par Skyrock, il secoue les mains  et les tapent sur son torse « wallah tu fais du bien tu récoltes du bien, tu fais du mal tu récoltes le mal! wallah je suis un mec bien! j’ai le respect… j’ai rien poukave à ces fils de pute! »

Le métro d’en face arrive, quelques personnes sortent… le jeune prend vaguement un mec à partie, sans haine: « ouai ma gueule, tu m’as vu, moi je sais qui je suis, enculé… fils de chienne… » le mec le voit à peine et sort du quai, le metro s’en va. « Moi à la cité, je controlais 200 300 personnes, je disiais on va par là et ils allaient tous par là… moi quand je parle, j’ai raison, les gars ils me respectent! »

De l’autre coté du quai, une jeune noire, la « dix-septaine » boutonneuse s’éloigne de son groupe et se rapproche du bord du quai. Elle commence à crier: « Wesh frère, Bonne année! Bonne année 2011, ça c’etait 2010!  ça c’est le passé, maintenant il y a 2011 qui commence, c’est maintenant frère, c’est plus avant ou après, c’est maintenant ma gueule! » elle joint elle aussi le geste à la parole, toujours hip-hop dans ses mouvements, mais elle a la gestuelle féminine typique, elle lance les bras et avance la tête, des gestes toujours agressifs  et arrogants mais un peu plus chaloupés:  » Bonne année,  c’est fini, faut avancer frère! et ouai ma gueule, derrière c’ est derrière… qu’est ce que tu peux faire pour toi maintenant!? »

L’algérien de l’autre coté du quai se tait, il l’écoute. Il se lève, se rapproche aussi du quai: « s’il te plait… ouaiii tu parles trop vite! wallah parle plus doucement mademoiselle… doucement s’te plait, je comprend pas tout ce que tu dis! » Sur ce, le métro arrive et l’ adolescente s’engouffre dedans avec son groupe d’amis.

Une fois dans le wagon, elle continue: « Bonne année! » les quelques multicolores du premier metro lèvent un vague sourcil. Ses copines lui font signe de se taire et se calmer mais elle continue « Bonne année! Bien sûr Bonne année! On va pas continuer à pleurer non?!! Arretez de me regarder tous comme ça là! Il y a personne ici qui passe une bonne année? et même si il y en a pas, qui pensent juste que c’est un enculé qui crie dans le metro, je le dis: Bonne année! Au moins si il y a un fils de pute qui s’en souvient et qui sourit, bah c’est bien, bonne année! »

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P.S: c’est sa station, il sort du metro et longe le quai. Dans le wagon suivant, 3 jeunes gitans sortent du metro dans un fracas désordonné, suivi par une femme noire qui distribue des coups de pieds comme elle peut et jette les bras partout en en touchant quelques uns, elle rattrape son sac et re-saute dans le metro, les portes se ferment… ils restent sur le quai, agarres!

Il monte les marches et retrouve l’air libre, un groupe d’ivoiriens s’embrassent chaudement et bruyamment devant la bouche de metro. Il se crient des saluts en Baoulé. Un d’eux s’éloignent, jeune, très bien habillé, il sort son Blackberry, compose un numéro et le porte à son oreille: « Allo chérie, ou-es tu? veux-tu que je passe te chercher? Je t’en prie ma chérie, arrête de te morfondre, j’arrive tout de suite! »

… Et la vie continue non?

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